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Les États-Unis d'Amérique

Venez découvrir l'Histoire des États-Unis d'Amérique: géographie, villes, économie, culture, gastronomie, sports...

Raid de John Brown à Harpers Ferry

(Illustration de l'assaut des Marines contre John Brown's Fort, Harper's Weekly, 11/1859, www.nps.gov)

(Illustration de l'assaut des Marines contre John Brown's Fort, Harper's Weekly, 11/1859, www.nps.gov)

(Premiers combats à Harpers Ferry, 1859, www.loc.gov, wikipedia)

(Premiers combats à Harpers Ferry, 1859, www.loc.gov, wikipedia)

(John Brown, daguerréotype Augustus Washington, 1846-1847, The Nelson Atkins Museum of Art, wikipedia)

(John Brown, daguerréotype Augustus Washington, 1846-1847, The Nelson Atkins Museum of Art, wikipedia)

John Brown, né dans le Connecticut le 9 mai 1800, est devenu au fil des ans un abolitionniste convaincu et ardent défenseur de la libération des esclaves, notamment lors de la quasi guerre civile du Kansas, entre 1854 et 1859,  où il s'est rendu avec ses 5 fils pour combattre les esclavagistes. 

Déterminé à libérer les esclaves des "légions de Satan" (pour reprendre son expression), il a décidé de s'emparer de l'arsenal fédéral de Harpers Ferry, à l'époque en Virginie, en vue d'armer les esclaves qui se seraient joints à lui pour obtenir leur liberté en combattant.  Peu avant de lancer son assaut avec ses troupes, du 16 au 18 octobre 1859, il avait loué une ferme du Maryland, à 6.4 kilomètres de Harpers Ferry, en prenant une fausse identité, celle d'Isaac Smith.

Arrivé avec 16 blancs et 5 noirs, Brown a tenté d'attirer d'autres noirs dans son combat pour la fin de l'esclavage, et les activités de cette petite troupe dans la ferme louée ont eu lieu de nuit, pour ne pas éveiller de soupçons des voisins curieux. En effet, le bâtiment servait de caserne, d'entrepôt (pour des armes à feu et des piques à fusil, de mess, de lieu de réunion et de logement et pour dissiper les doutes quat à ce groupe d'hommes, Brown a fait venir sa belle-fille pour jouer le rôle de cuisinière et sa fille servant de sentinelle.

Le plan de Brown visait à s'emparer des armes de l'arsenal de Harpers Ferry et d'utiliser ses armes et celles qu'il aurait volées, pour armer les esclaves rebelles et leur permettre de combattre leurs propriétaires de Virginie; il était persuadé que lors de son attaque, 200 à 500 esclaves se joindraient à lui pour ridiculiser la milice locale et l'armée régulière, qui s'opposeraient à l'attaque. Il voulait envoyer des agents à lui informer les esclaves dans les plantations de son action imminente, envoyer des groupes armés le long des chemins pour libérer des esclaves, obtenir de la nourriture, des chevaux et même des otages, pour saper le moral des esclavagistes. 

Le mercenaire britannique Hugh Forbes était payé $ 100 mois par Brown ($ 3289 de 2021), pour former les troupes, et comme il souhaitait davantage d'argent pour faire venir sa famille d'Europe , mais il a échoué dans ce projet et s'est rendu à Washington D.C pour rencontrer les sénateurs William H Seward et Henry Wilson et dénoncer Brown à Wilson, en le qualifiant de vicieux qui devait être restreint, puis il a partiellement exposé le plan de Brown au sénateur et à d'autres personnes. Une lettre anonyme, écrite par le Quaker David J. Gue de Springdale, Iowa où Brown avait passé quelque temps, a même été envoyée au Secrétaire à la Guerre John B. Floyd avec l'espoir qu'il enverrait des soldats protéger l'arsenal, qu'il situait au Maryland et non en Virginie, pour dissuader Brown de risquer sa vie et celles de ses hommes.

Alors que le président Buchanan, informé des plans de Brown, offrait une récompense de $ 250 ($ 8222 actuels) pour sa capture, Floyd a pensé que la lettre anonyme était écrite par un dérangé. Cependant, le second de Brown, John Henry Kagi a écrit le 15 octobre à un ami, pour lui dire que la bande se savait recherchée et qu'ils allaient devoir passer immédiatement à l'action avant d'être arrêtés. 

Vers 23 heures, le dimanche 16 octobre, Brown et sa bande ont commencé à se diriger vers Harpers Ferry, en laissant 3 hommes à l'arrière pour servir d'arrière-garde (dont 1 fils de Brown), tandis que Brown et 18 autres hommes (dont ses 2 autres fils) s'avançaient vers la ville. Après avoir coupé les lignes télégraphiques, pour éviter que l'alerte soit donnée, Brown a fait poster quelques hommes pour contrôler les ponts donnant accès à la ville. 

Quand ils se sont approchés de l'arsenal, les hommes de Brown ont réussi à forcer l'unique gardien de nuit à leur remettre les clés, tandis que quelques hommes à lui ont été envoyés capturer le colonel Lewis Washington (arrière petit-neveu de George Washington) qui vivait dans une plantation à proximité, pour faire pression sur les autorités, et prenant d'autres otages, tout en disant aux esclaves que leur liberté était entre leurs mains. Entretemps, Brown s'était réfugié dans la caserne des pompiers, connue plus tard comme John Brown's Fort, où plusieurs otages, dont Lewis Washington, ont été emmenés. 

Convaincu que les esclaves se joindraient à lui et sa bande après avoir appris son projet, Brown a attendu ces derniers toute la nuit, en vain, et il a donc décidé de quitter Harpers Ferry, mais l'arrivée impromptue d'un train de la compagnie Baltimore & Ohio a bouleversé sa retraite : par une triste ironie du sort, la première victime civile du raid a été le noir libre Heyward Shepherd, bagagiste de la gare qui a rencontré inopportunément la bande de Brown et a refusé de se joindre à eux, préférant retourner à la gare. Face au risque qu'il trahisse leur présence, un des hommes de Brown lui a tiré dans le dos, alarmant ainsi le village dont le médecin John Starry, venu voir la victime, a été laissé vivant par Brown. Mal lui en a pris, car Starry a donné l'alerte en envoyant un messager à Charles Town (Virginie, puis Virginie Occidentale en 1863). 

Après que le train de la Baltimore & Ohio se soit arrêté, Brown est monté à bord et a discuté avec les passagers durant environ 1 heure, sans cacher son identité car il était plutôt connu : stoppé durant près de 5 heures, le train a pu repartir sans encombres au lever du soleil, probablement après que son équipage ait vérifié qu'aucun dommage ne lui avait été causé, ainsi qu'à la voie et au pont. Peu après son départ à 7h du matin, le train est arrivé dans la gare de Monocacy (Maryland) dotée d'un télégraphe et située à seulement 37 kilomètres de Harpers Ferry. D'autres trains venant de l'Est ont également reculé dans la matinée, signalant à leur tour que le télégraphe était coupé plus loin et faisant finalement remonter l'information au président de la compagnie Baltimore & Ohio, qui a ensuite informé le major général George H. Stuart de la milice du Maryland, ainsi que le gouverneur de Virginie Henry A. Wise, le Secrétaire à la Guerre John B. Floyd et le président des États-Unis James Buchanan. 

A peu près au même moment, les employés de l'arsenal ont commencé à arriver pour travailler et ont été pris comme otages par Brown et sa bande : trop nombreux pour tenir dans un seul bâtiment, les otages ont été divisés en 2 groupes. Les plus "précieux" des otages ont été gardés dans le même bâtiment. Lorsque les habitants de la ville ont appris que des otages étaient retenus, ils ont fait appel à la milice, qui a pu reprendre les ponts conduisant à Harpers Ferry, rendant toute retraite impossible à Brown et ses hommes. 

Se retranchant tous dans la caserne des pompiers, plus tard connue sous le nom de John Brown's Fort, les hommes de Brown ont cherché à la fortifier et à s'y barricader en condamnant les fenêtres et en bloquant les portes avec les véhicules des pompiers. Ils ont aussi creusé de petits trous dans les murs pour servir de meurtrières et ont commencé à tirer de manière sporadique sur les miliciens. Des échanges de feu ont provoqué la mort du maire et de 3 habitants, tandis que 8 miliciens, mal équipés et mal organisés, étaient blessés.

Plus tard dans la journée du 17 octobre, le président Buchanan a décidé de faire appel aux Marines du Washington Navy Yard, la seule troupe fédérale présente dans les environs et les 88 soldats ont pris le train à 15h30 et arrivant dans la soirée. Buchanan a ordonné au colonel Robert E. Lee (futur général Confédéré) de prendre la tête des Marines. Arrivé sur place à 22h, Lee était habillé en civil mais a pu pris le commandement des troupes, offrant la possibilité à Brown et ses hommes de se rendre, après avoir envoyé un émissaire avec le drapeau blanc. 

Le refus de Brown de se rendre a contraint Lee à préparer l'assaut contre la caserne le 18 octobre : des soldats ont tenté d'utiliser des masses pour enfoncer les murs et les portes mais ont échoué. Le lieutenant Greene, qui dirigeait le détachement, a eu l'idée d'utiliser une échelle que les Marines ont utilisée comme bélier, pour entrer dans la caserne. Une fois à l'intérieur, des combats au corps à corps ont eu lieu et Brown a été identifié comme meneur par des otages : un total de 11 hommes de Brown (dont ses 2 fils) a été tué, tandis que 7 autres ont été capturés et 1 Marine a été tué, 1 autre blessé. 

Arrêté, Brown a été emprisonné en attendant sont procès qui a eu lieu rapidement à Charles Town (Virginie d'alors), le 27 octobre, dans le but d'éviter des émeutes entre partisans de l'abolitionnisme et pro-esclavagistes, car la période d'alors était particulièrement tendue. Le 2 novembre, Brown a été condamné à mort par pendaison publique, pour avoir tué 4 Blancs et 1 Noir, avoir tenté d'inciter une révolte des esclaves et avoir trahi la Virginie. 

Il a été exécuté le 2 décembre 1859, sans qu'aucun abolitionniste ou habitant du Nord n'ai pu assister à sa pendaison, y compris des journalistes. Malgré lui, John Brown est en partie à l'origine de la suite d'événements qui a conduit le pays à la guerre de Sécession, opposant pro-esclavage et abolitionnistes. 

Pour commémorer l'action de John Brown, le Harpers Ferry National Historical Park a été créé le 30 juin 1944 et placé sous le contrôle du National Park Service

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