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Les États-Unis d'Amérique

Venez découvrir l'Histoire des États-Unis d'Amérique: géographie, villes, économie, culture, gastronomie, sports...

La révolte du Whisky

(Washington à Harrisburg le 3/10/1794, peinture Donna Neary, The National Guard, 03/03/2004, www.flickr.com)

(Washington à Harrisburg le 3/10/1794, peinture Donna Neary, The National Guard, 03/03/2004, www.flickr.com)

(Gravure de l'insurrection en Pennsylvanie, image R.M. Devens, 1882, New York Public Library, wikipedia)

(Gravure de l'insurrection en Pennsylvanie, image R.M. Devens, 1882, New York Public Library, wikipedia)

La "Whiskey Rebellion" (ou révolte du Whisky) est un soulèvement populaire qui a commencé en 1791, peu après que la Constitution américaine soit entrée en vigueur en 1789, en instaurant un pouvoir exécutif plus fort que ce qui existait jusque là dans les Articles de la Confédération qui étaient en vigueur depuis 1777 jusqu'à 1789. 

Le jeune gouvernement des États-Unis avait investi de fortes sommes dans la guerre d'Indépendance, achevée en 1783, s'était endetté fortement et cherchait a réduire son déficit budgétaire : le Secrétaire au Trésor Alexander Hamilton a cherché de nouvelles sources de revenus et a réussi à convaincre le Congrès à unifier les dettes étatiques et nationales en une seule dette, financée par le gouvernement fédéral. Après approbation par le Congrès, il a été décidé qu'une source de revenus pour le gouvernement était nécessaire pour rembourser la dette aux créanciers et Hamilton a encouragé l'adoption d'une taxe d'accise (sur la quantité et non sur la valeur) sur les spiritueux et les alcools forts, dont le Whisky. 

Entrée en vigueur en mars 1791, elle a été la première taxe prélevée par le nouveau gouvernement fédéral sur un produit national. Bien que les taxes étaient (et sont toujours...) impopulaires, Hamilton pensait que le Whisky était un produit luxueux et que l'instauration de cette taxe serait moins négativement perçue par la population. En outre, il était soutenu par plusieurs réformateurs sociaux qui mettaient en avant le péché lié à la consommation d'alcool. 

Le président George Washington a alors déterminé les districts fiscaux concernés par cette taxe, puis a nommé les contrôleurs et les inspecteurs des recettes fiscales et a fixé leur salaire en novembre 1791. 

La création et la mise en place de cette taxe ont pénalisé les agriculteurs qui étaient éloignés des centres urbains de la côte Est, car les coûts de transport par gallon étaient plus élevés, réduisant d'autant le bénéfice pour les producteurs de l'Ouest, notamment ceux des Appalaches. En effet, les producteurs de céréales de l'Est avaient moins de chemin à parcourir pour transporter les spiritueux jusqu'aux villes : les agriculteurs de Pennsylvanie se sont rapidement opposés à cette taxe, qui impactait un complément de revenus pour eux et les rendait moins compétitifs que leurs homologues de l'Est. 

Les colons situés à la frontière Ouest des Appalaches étaient par ailleurs confrontés à davantage de pauvreté, plus d'isolement et au risque d'attaques des tribus amérindiennes, avec peu de protection de la part du gouvernement; les colons de ces régions préféraient le pouvoir local, plus proche d'eux, au pouvoir lointain de la capitale fédérale centrale. En plus de ces difficultés, il convient d'ajouter que les espagnols contrôlaient encore de nombreuses régions du Sud du pays et que le franchissement de marchandises sur le Mississippi à destination de l'Est était taxé par l'Espagne.

Enfin, on peut également souligner qu'une bonne partie des colons exposés à ces taxes étaient de souche écossaise ou irlandaises et étaient peu enclins à respecter l'autorité centrale nouvelle, qui voulait rogner leurs revenus : le Whisky était souvent une forme de devise locale, utilisée régulièrement dans le troc et permettant aux agriculteurs de survivre. 

La taxe imposée par Hamilton et le Congrès était de 7 cts par gallon, en se basant sur la capacité de l'alambic, frappant ainsi le Whisky à sa source : la déclaration des alambics devait être effectuée une fois par an en juin au bureau des impôts du comté, mais certains d'entre eux n'avaient pas encore de tels bureaux et les colons devaient parcourir d'importantes distances pour aller enregistrer leurs alambics, au risque de passer devant le tribunal fédéral de Philadelphie en cas de dissimulation ou distillation illicite, suscitant encore plus de colère de la part des colons éloignés. 

La tension autour de cette taxe a poussé les colons mécontents à menacer les agents fiscaux et ceux qui leur venaient en aide en leur fournissant un logement ou un bureau dans les comtés; plusieurs demandes d'abrogation de cette taxe ont été rejetées par le gouvernement, dont la Chambre des Représentants des États-Unis était installée à Philadelphie. 

Quelques appels à la non violence ont été lancés, mais les esprits échauffés ont pris le dessus et le 11 septembre 1791, un percepteur d'impôts a été goudronné et recouvert de plumes dans le comté de Washington (Pennsylvanie), puis l'homme envoyé arrêter ses agresseurs a été fouetté et a subi le même sort du goudron et des plumes. L'insurrection a pris de l'ampleur, touchant aussi les régions de l'Ouest du Maryland, de la Virginie, de la Caroline du Nord, de la Caroline du Sud et de la Géorgie. En outre, la taxe sur le Whisky n'a pas été perçue dans le Kentucky, où les inspecteurs n'ont pu appliquer la loi ou avoir assez de preuves pour poursuivre les fraudeurs. 

Cependant, un petit geste d'apaisement du Congrès a conduit à baisser la taxe de 1 ct en mai 1792, ce qui était bien insuffisant pour les manifestants. qui se sont réunis en août 1792 à Pittsburg (Pennsylvanie) pour discuter de la résistance à la taxe. Des militants connus sous le nom de Mingo Creek Association étaient présents et tenaient des propos radicaux. Alexander Hamilton a perçu cette réunion comme une menace potentielle pour l'application des lois fédérales et a envoyé George Clymer, fonctionnaire des impôts de Pennsylvanie, pour enquêter. Ce dernier a choisi de se déguiser et de tenter d'intimider les autorités locales, aggravant d'autant les tensions une fois ces manœuvres découvertes. 

A cette époque, Philadelphie accueillait la capitale fédérale et cette dernière ne parvenait pas à faire appliquer la loi dans l'État même où elle siégeait, ce qui a incité les autorités a émettre une proclamation présidentielle condamnant la résistance à la loi : elle a été signée par George Washington le 15 septembre 1792 et publiée dans de nombreux journaux. 

John Neville, général et inspecteur fédéral des impôts de l'Ouest de la Pennsylvanie, riche planteur et grand distillateur, a provoqué davantage de colère après avoir changé d'avis sur la taxe, à laquelle il était d'abord opposé, avant de vouloir la faire appliquer. Courant août 1792, il a loué une chambre à Pittsburg pour installer son bureau des impôts, mais le propriétaire l'a chassé après avoir été menacé par les colons en colère. Des articles anonymes dans la presse, signé par "Tom the Tinker" menaçaient les personnes qui payaient la taxe de voir brûler leurs granges et leurs alambics. 

Dans la nuit du 22 novembre 1793, des insurgés ont pénétré dans la maison de Benjamin Wells, percepteur des impôts, qui a alors été menacé avec une arme. En colère après cette intrusion et agression, le président Washington a offert une récompense pour l'arrestation des agresseurs, en vain. 

La situation a empiré en mai 1794, lorsque le procureur fédéral William Rawle a émit des assignations à comparaître visant 60 distillateurs de Pennsylvanie qui n'avaient pas payé la taxe : la loi d'alors les obligeait à se rendre au tribunal fédéral de Philadelphie, ce qui était un voyage long, coûteux et au-dessus des moyens des agriculteurs de la frontière Ouest. Le Représentant de Pennsylvanie William Findley est parvenu à faire modifier la loi le 5 juin 1794, permettant que les procès soient tenus dans les tribunaux locaux, plus proches. 

Le maréchal fédéral Lenox a remis la plupart des brefs (documents officiels) aux convoqués sans incidents, puis il a été rejoint le 15 juillet par le général John Neville qui lui a servi de guide dans le comté d'Allegheny, mais dans la soirée, des coups de semonce ont été tirés à leur encontre depuis la ferme Miller, situe à 16 kilomètres au Sud de Pittsburg. Rebroussant chemin, Neville est rentré chez lui et Lenox est parti à Pittsburg. 

Le 16 juillet, un groupe d'au moins 30 membres de la Mingo Creek Association a encerclé la maison fortifiée de Neville à Bower Hill, pour exiger sa reddition, mais Neville a répondu en tirant un coup de feu, blessant mortellement Oliver Miller. En réaction, les insurgés ont ouvert le feu sur la maison mais n'ont pas réussi à en déloger Neville, aidé par ses esclaves pour défendre sa demeure.

Les rebelles ont préféré se replier au fort voisin de Couch, où ils ont attendu des renforts : le 17 juillet, forts de 600 hommes, les insurgés sont retournés à Bower Hill, menés par le major James McFarlane, vétéran de la guerre d'Indépendance. De son côté, Neville avait reçu le renfort de 10 soldats américains basés à Pittsburg et commandés par le major Abraham Kirkpatrick, le beau frère de Neville. A la demande de Kirkpatrick, Neville s'est caché dans un ravin voisin, avant le retour des insurgés, venus encercler la maison.

Après négociations, les insurgés ont accepté de laisser sortir les femmes et les enfants, puis un échange de tirs a eu lieu entre les rebelles et la maison de Neville : environ 1 heure plus tard, McFarlane a appelé au cessez-le-feu, après qu'un drapeau blanc ait, semble-t-il, été agité dans la maison. Le chef des rebelles a pénétré à l'air libre dans la maison mais un coup de feu en est parti et l'a mortellement atteint, provoquant la rage des insurgés, qui ont ensuite incendié la maison. Kirkpatrick s'est rendu peu après. Le bilan exact des pertes est inconnu, mais l'on sait que McFarlane et 1 ou 2 rebelle(s) ont été tués, et qu'1 soldat américain serait mort. 

Le 18 juillet, McFarlane a reçu des funérailles dignes d'un héros, les rebelles qualifiant sa mort de meurtre, ce qui a galvanisé les insurgés et radicalisé davantage leur position : David Bradford est devenu un leader radical, appelant à une résistance violente. Le 26 juillet, il a dirigé un groupe pour voler le courrier qui quittait Pittsburg, espérant trouver qui dans la ville s'opposait à la rébellion. 

Bradford et ses troupes ont demandé un rassemblement militaire à près de 13 kilomètres à l'Est de Pittsburg, dans le Braddock's Field et le 1er août, près de 7000 personnes y étaient réunies : la grande majorité de cette foule était composée de personnes pauvres, n'ayant pas d'alambics et n'étant pas concernées par la taxe, mais la colère inhérente à celle-ci a fait ressortir d'autres griefs contre les autorités. Les plus radicaux voulaient marcher sur Pittsburg, pour piller les maisons des riches et incendier la cité, tandis que d'autres parlaient de se joindre à l'Espagne ou à la Grande-Bretagne, souhaitant proclamer leur indépendance des États-Unis !

Craignant pour leur sécurité et cherchant à calmer la situation, les habitants de Pittsburg ont banni 3 hommes dont les lettres avaient offensé les rebelles, et ont envoyé une délégation à Braddock's Field pour exprimer leur soutien au rassemblement. De son côté, Breckenridge, un rebelle modéré, a réussi à convaincre la foule à se contenter de traverser Pittsburg, où "seules" les granges de Kirkpatrick a été incendiées. 

Le 14 août, 226 rebelles venant de 6 comtés se sont réunis à Parkinson's Ferry (désormais connu sous le nom de Whiskey Point), où a été nommé un comité chargé de rencontrer les émissaires envoyés par George Washington pour calmer la situation. Désirant ne pas s'aliéner l'opinion publique, le président a opté pour l'envoi d'une délégation, mais a aussi fait lever une milice dans l'éventualité d'un échec des négociations. Conformément à la loi, le juge de la Cour Suprême James Wilson a examiné la situation, avant d'autoriser le recours à la milice, déclarant le 4 août 1794 que l'Ouest de la Pennsylvanie était en rébellion. Le 7 août, Washington a publié une proclamation regrettant qu'il doive mobiliser la milice pour réprimer la rébellion, et ordonnant aux insurgés de se disperser avant le 1er septembre. 

Sous l'autorité de la loi fédérale, les milices de Virginie, du Maryland, du New Jersey et de la Pennsylvanie ont mobilisé au total 12 950 hommes : les miliciens ont été progressivement déployés pour ramener le calme, même si des affrontements ont eu lieu, provoquant des pertes civiles accidentelles. Le 30 septembre, Washington a quitté Philadelphie pour aller faire le point sur l'expédition militaire, se rendant en plusieurs endroits de la Pennsylvanie, puis il est allé à Fort Cumberland (Maryland) le 9 octobre, pour examiner l'aile Sud de l'armée. Celle-ci a été placée par Washington sous les ordres du gouverneur de Virginie Henry Lee, héros de la guerre d'Indépendance. 

Le président est ensuite retourné à Philadelphie, laissant Alexander Hamilton en tant que conseiller civil : de son côté, Lee a chargé le major général Daniel Morgan de prendre la tête d'une aile de la milice pour faire une démonstration de force dans l'Ouest de la Pennsylvanie, mettant fin aux manifestations sans qu'aucun coup de feu ne soit tiré.

Le soulèvement a progressivement été supprimé, avec plusieurs arrestations, dont celles de Philip Wigle et John Mitchell, qui avaient respectivement battu un collecteur d'impôts et brûlé sa maison, et volé le courrier : condamnés à mort pour trahison, ils ont finalement été graciés par George Washington. Au niveau des tribunaux de Pennsylvanie, ces derniers ont réussi à faire condamner de nombreux insurgés pour voies de fait et émeutes.

Bien que l'opposition violente à la taxe ait cessé, l'opposition politique à cette dernière demeurait et les insurgés se sont rassemblés autour de la candidature de Thomas Jefferson, pour l'aider à vaincre John Adams aux élections de 1800. Finalement, en 1802, le Congrès a abrogé la taxe sur les spiritueux et toutes les autres taxes fédérales internes, rendant le gouvernement fédéral dépendant uniquement aux taxes d'importations. 

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