Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les États-Unis d'Amérique

Venez découvrir l'Histoire des États-Unis d'Amérique: géographie, villes, économie, culture, gastronomie, sports...

Boeing LGM-30

(Tir d'essai d'un LGM-30 depuis Vandenberg AFB, CA, photo Master Sgt Lorenzo Gaines, USAF, 08/06/1994, wikipedia)

(Tir d'essai d'un LGM-30 depuis Vandenberg AFB, CA, photo Master Sgt Lorenzo Gaines, USAF, 08/06/1994, wikipedia)

Missile intercontinental de dissuasion nucléaire en service auprès de l'US Air Force, le Boeing LGM-30 "Minuteman" (du  nom des miliciens de la guerre d'Indépendance, prêts au combat en quelques minutes) offre une capacité de riposte en cas d'attaque ennemie. 

A la fin des années 1950, les militaires ont prétendu que l'Union Soviétique possédait une importante avance technologique et numérique dans le domaine des missiles nucléaires intercontinentaux, faisant craindre aux États-Unis de ne pas pouvoir rattraper leur retard et risquant de voir leurs propres forces de dissuasion être détruites par une première frappe de l'URSS. 

Poussant cet argument auprès des membres du Congrès, afin d'accélérer le financement d'un nouveau programme, les militaires et les industriels ont obtenu la priorité pour développer un nouveau missile à partir de 1958. Parallèlement à la recherche et au développement du futur missiles, les ingénieurs ont amélioré le concept de silo de lancement, permettant de tirer verticalement les missiles à partir d'abris enterrés protégés contre une première frappe nucléaire. 

Au moment où les industriels ont commencé à développer le missile, l'USAF voyait toujours les bombardiers stratégiques comme armes ultimes par excellence, avec des bombes suffisamment puissantes pour compenser leur manque de précision en cas de largage. Du côté Soviétique, la mise au point et le déploiement de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) pouvant frapper à proximité des bases des bombardiers américains et détruire ces derniers, parqués en plein air, a poussé les stratèges de Washington à se lancer dans le développement des silos enterrés pour abriter des missiles chargés d'une riposte dissuasive contre l'URSS.  

La faible précision des engins soviétiques rendait la survie des missiles américains plus élevée et permettait, le cas échéant, de lancer une contre-attaque qui aurait pu ravager une grande partie des villes et des industries de l'URSS. A l'époque où l'USAF commençait à développer son futur LGM-30, un mémo de la RAND Corporation (chargée de conseiller l'armée), a montré que les missiles intercontinentaux "Polaris" embarqués dans les sous-marins de l'US Navy pouvaient se charger de détruire les grandes villes soviétiques, rendant l'emploi du LGM-30 moins utile. Ainsi, à partir de 1961, le LGM-30 a vu son concept d'emploi s'orienter vers une stratégie anti-forces, visant le potentiel militaire nucléaire soviétique, de manière à en réduire fortement les moyens. 

A l'arrivée au pouvoir du président Kennedy, les tests finaux sur les prototypes avaient été achevés, et son Secrétaire à la Défense Robert McNamara a été chargé de développer la meilleure défense mondiale, sans limite réelle de dépenses, à une époque où la menace soviétique laissait craindre le pire aux États-Unis. McNamara a alors commencé des études coûts/bénéfice pour obtenir les meilleurs équipements pour la Défense, et le lancement en production en petites quantités du LGM-30 "Minuteman" a été approuvé, tandis que les missiles "Atlas" et "Titan" ont été annulés (et retirés en 1965), ainsi que le programme de bombardier B-70. 

Le coût réduit du LGM-30 a eu des retombées sur d'autres programmes, dont le missile antimissile "Nike Zeus" de l'US Army, qui était capable d'intercepter des missiles balistiques soviétiques et de protéger ainsi les bases stratégiques de l'USAF; l'armée de terre avançait alors l'argument que les nouvelles armes soviétiques pouvaient frapper directement les silos de missiles américains et qu'il fallait les défendre avec des "Nike Zeus". Coûteux, ce missile n'a pas été commandé par l'USAF et a été retiré en 1963. Initialement, le LGM-30 était une arme de seconde frappe, chargée de riposter à une attaque de l'URSS, mais rapidement ses qualités et aptitudes en ont fait une arme de première frappe pour la dissuasion américaine, grâce à son ordinateur embarqué pouvait être mis à jour pour les cibles et recevoir de nouvelles données de navigation (le rendant plus précis).

Ainsi, les armes d'origine avaient un écart circulaire probable (ECP) de la cible de 2 kilomètres après leur trajectoire internationale, puis les versions d'après ont réduit l'ECP à 1.1 kilomètre dès 1965. 

Le premier tir d'essai du LGM-30A "Minuteman I" a eu lieu à Cape Canaveral le 1er février 1961, et a rejoint l'arsenal stratégique en 1962; limités en portée, avec 8900 kilomètres, les missiles ont ensuite été basés à Malmstrom, dans le Montana, pour pouvoir atteindre l'URSS. La version LGM-30B améliorée est entrée en service en 1963-1964 sur les bases de Warren (Wyoming), Ellsworth (Dakota du Sud), Minot (Dakota du Nord) et Whiteman (Missouri), chacune recevant au total 150 à 200 missiles. En 1962, une version améliorée, dite "Minuteman II" est apparue et a commencé à entrer en service entre 1965 et 1967, avec une portée accrue à 11 000 et un meilleur système de guidage, avec aussi des contre-mesures pour survivre aux défenses antimissiles de l'URSS.

Courant 1966 a débuté un programme d'amélioration de la seconde génération, sous la désignation "Minuteman III", avec d'importantes modifications du véhicule de rentrée en phase finale, une nouvelle motorisation, un ordinateur de vol avec mémoire agrandie, un nouveau système de guidage, et une capacité d'emport de 3 têtes nucléaires, permettant de viser 3 cibles différentes avec un seul missile. Le "Minuteman III" est entré en service à partir de 1970 et a été produit à 550 exemplaires. Entre 1970 et 1978, les engins ont bénéficié de mises à jour pour en accroître la précision et la capacité d'emport de charges. 

Les anciens modèles "Minuteman I" et "Minuteman II" ont été retirés du service; actuellement, l'US Air Force envisage le retrait de ses 400 "Minuteman III" après 2030 (50 sont en statut désarmé mais peuvent être réactivés), et les stationne sur les bases de Malmstrom (Montana), Minot (Dakota du Nord) et Warren (Wyoming). A l'occasion, les États-Unis tirent des missiles LGM-30 désarmés pour effectuer divers tests, après avoir prévenu la communauté internationale, afin d'éviter des erreurs d'interprétation.

Caractéristiques

Composé de 3 étages de propulsion à carburant solide, le missile LGM-30 mesure 18.30 mètres de long, 1.85 mètre de diamètre, pèse 36.03 tonnes et peut atteindre entre 9700 et 13 000 kilomètres de portée. 

Capable de voler jusqu'à Mach 23 (28 176 Km/h), le missile a un plafond maximal de 1100 kilomètres d'altitude, et un écart circulaire probable à l'impact de seulement 120 mètres (contre 240 avant la mise à jour). Son guidage est assuré par une centrale inertielle et il possède des contre-mesures actives et passives pour maximiser ses chances de survie dans un contexte de défense antimissile. 

Capable d'emporter 3 têtes nucléaires indépendantes, le LGM-30 n'en emporte qu'1 seule, mais de plus forte puissance, en application des accords START; cependant, ces accords n'interdisent pas aux États-Unis de rééquiper les LGM-30 de 3 têtes si la menace internationale évolue. L'engin peut être armée d'une tête nucléaire W-78 de 335 à 350 kilotonnes, ou d'une tête W-87 de 300 à 475 kilotonnes de puissance.

(Séquences de tir, image Fastfission, 14/04/2008, www.nukestrat.com, wikipedia)

(Séquences de tir, image Fastfission, 14/04/2008, www.nukestrat.com, wikipedia)

  1. La fusée fait sortir le missile du silo
  2. Près de 60 secondes plus tard, le 2ème étage s'allume et détache le 1er
  3. Environ 120 secondes après le décollage, le 3ème étage s'allume et décache le 2ème
  4. 180 secondes après le lancement, la partie (bus) portant l'ogive (ou les ogives) se sépare et allume son moteur
  5. Le bus corrige sa trajectoire et se préparer à larguer sa (ou ses) tête(s)
  6. Largage de sa (ses) tête(s) et de leurres 
  7. Entrée et armement de la tête (ou des) dans l'atmosphère et des leurres
  8. Détonation de l'ogive (ou des) en l'air ou au sol
(Emplacements des silos de lancement, image Bwmoll3, wikipedia)

(Emplacements des silos de lancement, image Bwmoll3, wikipedia)

(Exercice d'escorte d'un LGM-30 au sol, photo Airman 1st class Daniel Brosam, 14/09/2016, www.malmstrom.af.mil)

(Exercice d'escorte d'un LGM-30 au sol, photo Airman 1st class Daniel Brosam, 14/09/2016, www.malmstrom.af.mil)

Scénarios de frappes

En cas de guerre atomique, les cibles éventuelles de ces missiles pourraient être les principales bases adverses. Dans les hypothèses ci-dessous, ce sont les bases navales de Mourmansk (Russie) et de Zhanjiang (République Populaire de Chine). 

Estimations des pertes *

Ville Mourmansk Zhanjiang
Tués 114 460 237 840
Blessés 89 260 547 050

* Source : www.nuclearsecrecy.com

(Hypothèse de frappe de Mourmansk, image www.nuclearsecrecy.com)

(Hypothèse de frappe de Mourmansk, image www.nuclearsecrecy.com)

(Hypothèse de frappe de Zhanjiang, image www.nuclearsecrecy.com)

(Hypothèse de frappe de Zhanjiang, image www.nuclearsecrecy.com)

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article